Se prendre pour une conseillère ou un conseiller national le temps d’une session parlementaire simulée à l’intérieur du Palais fédéral, à Berne. C’est le but du jeu de rôle «Joue la politique!» (voir par ailleurs). Il s’adresse aux élèves de secondaire, en particulier les 10H et 11H. La classe 10AB de Saint-Imier s’y est collée.
Le jeu de rôle a duré deux jours, non sans rebondissements. «Nous avons dormi sur place une nuit. Durant la première journée de mardi, les élèves ont pu entrer dans la peau des parlementaires en participant à des séances de groupes et ont formé des commissions», raconte Robin Parisi, leur enseignant, mercredi, sous la Coupole fédérale.Mais les écolières et écoliers ont déjà été actifs plusieurs mois auparavant. «Nous avons évidemment étudié plus attentivement le système politique suisse en classe, dans le cadre des cours d’histoire et de l’enseignement du civisme», précise l’Imérien.
Quatre classes pour quatre partis, les votes étaient à l’ordre du jour pour quatre initiatives populaires et des contre-projets, élaborés en commissions parlementaires par les écolières et écoliers.
Dans un premier temps, afin de valider leur participation, les élèves ont conçu et rédigé une initiative populaire. Pour cela, ils ont notamment formé un comité. Et le sujet choisi par les Imériennes et Imériens est essentiel. «La classe a préparé un texte pour supprimer la TVA sur les produits de protections menstruelles et pour inscrire l’égalité des genres dans la Constitution», explique l’enseignant. Les élèves souhaitaient modifier l’art. 8, al. 3.A cette fin, les stratèges politiques en herbe ont effectué une récolte de signatures dans les rues de Saint-Imier, en tenant un stand. Dans un second temps, ils ont ensuite pris le rôle de politiciennes et politiciens partisans. «Mes élèves ont fondé le parti ‹Les Roses›», souligne Robin Parisi.Ces différentes tâches ont aussi été réalisées par une classe d’Aeschi bei Spiez, une deuxième zurichoise et une troisième de Derborence, en Valais. Les élèves ont ensuite pris position sur chaque initiative populaire passant devant l’hémicycle très rajeuni pour l’occasion.
L’heure de vérité
Mercredi après-midi, peu après le repas de midi, les élèves de la classe 10AB se retrouvent ainsi sur la terrasse du Palais fédéral pour leur grand jour de session, après une nuit de sommeil à Berne. Contrôle de sécurité, fignolage des derniers détails et relecture des différents discours préparés la veille, entre 20h et 22h, rythment leur arrivée.A l’intérieur de l’édifice, le hall d’entrée fourmille de discussions et d’excitation. «Je suis un peu stressée. Même si nous nous sommes bien préparés depuis le début de l’aventure, étape par étape», avoue Aicha, au milieu de ses camarades. «Incroyable d’être ensemble dans ce lieu qu’on ne voit généralement qu’à la télévision», s’enthousiasme Julia. «Je suis vraiment nerveux, notamment en raison de ma prise de position que je lirai devant tout le monde», confie Leandro.
Les élèves jouaient évidemment aussi le rôle de scrutatrices et scrutateurs, responsables du décompte des votes.
Pas de temps à perdre, les quatre classes montent à l’étage. La vraie aventure commence dans la salle du Conseil national, devant la fresque du «Berceau de la Confédération» du peintre Charles Giron. Robin Parisi et Mélanie Erard Zwahlen, vice-directrice de l’Ecole secondaire de Saint-Imier, rassurent encore les uns ou les autres de leurs élèves avant le début des débats.
Pour des protections menstruelles abordables
Peu avant 15h, les affaires commencent vraiment sérieusement pour les Imériennes et Imériens du parti «Les Roses». Leur initiative «Pas un luxe, un besoin! Pour des protections menstruelles abordables», ainsi que le contre-projet direct voulu par une commission parlementaire qui prévoit une gratuité de ces biens de première nécessité grâce à une carte Caritas, passent devant le Conseil national, formé de près de 70 jeunes de tout le pays.Le groupe parlementaire «J’y vais», formé par les élèves valaisans, se positionne à la tribune. «Nous avons examiné attentivement l’initiative soumise au vote», explique un écolier. «Si nous partageons les préoccupations de l’initiative, le contre-projet est une meilleure solution. Il cible mieux les femmes qui auraient besoin d’une aide supplémentaire.»
La nervosité et les négociations animaient les discussions sur les sièges du Conseil national.
Après les positionnements successifs des deux autres groupes parlementaires, les élèves du parti «Les Roses» viennent soutenir une dernière fois leur texte devant le Parlement. «Les inégalités d’accès à la santé entre les femmes et les hommes sont aujourd’hui encore trop nombreuses, notamment en matière d’accès à des protections menstruelles», argue Eliza, avec conviction. «De surcroît, les femmes peuvent aussi souffrir d’endométriose. Elles ont alors besoin de soins spécifiques. Les hommes ne connaissent pas cette maladie gynécologique», insiste Ange Felicia. «Ces derniers n’ont par ailleurs pas besoin de débourser de l’argent pour des protections menstruelles. Voilà pourquoi un soutien pour ce type de produits de première nécessité doit s’imposer», ajoute Julia. «C’est un enjeu de santé publique!»
Acceptation du contre-projet, rejet de l’initiative
C’est alors au tour de la conseillère aux Etats Mathilde Crevoisier Crelier (PS/JU) de prendre la parole. Dans ce jeu de rôle, elle défend la position du Conseil fédéral. «Notre collège reconnaît ces produits indispensables pour la santé des femmes. Mais les réglementations en vigueur suffisent. C’est pourquoi nous rejetons l’initiative», avance-t-elle. «Des mesures existent effectivement déjà, puisque la TVA a été réduite à 2,6% pour les produits d’hygiène menstruelle dès janvier 2025.»La politicienne en exercice rappelle par ailleurs, à des fins pédagogiques, que la santé est généralement du ressort des Cantons. «Et qu’il est dès lors important de leur laisser le choix de mesures plus précises au sujet des protections menstruelles», précise la Jurasienne.Après cette prise de parole finale, le temps du vote arrive pour le Conseil national de «Joue la politique». La Chambre basse, composée de jeunes représentantes et représentants du peuple, accepte le contre-projet par 45 oui et 9 non. En revanche, elle rejette l’initiative avec 28 non et 19 oui.
A propos de «Joue la politique»Cinq fois par année, environ 20 classes des différentes régions linguistiques participent à «Joue la politique». Fondée en 2008, l’association «Ecoles à Berne» porte ce projet, dont la mise en œuvre est confiée au Zentrum für Demokratie Aarau (ZDA). L’événement se réalise en étroite collaboration avec plusieurs partenaires institutionnels, notamment les services parlementaires de l’Assemblée fédérale, le Polit-Forum Berne, l’éditeur HEP, ainsi que les syndicats des enseignants LCH et SER.L’objectif principal du jeu de rôle est d’éveiller et de renforcer l’intérêt des élèves du secondaire et des classes de transition pour la démocratie directe. Le projet s’adresse spécifiquement aux élèves de 10e et 11e années, leur offrant une immersion concrète dans la vie politique nationale à Berne. Pendant deux jours, quatre classes participent à une simulation qui leur permet de découvrir le processus législatif et le fonctionnement du Parlement.Les élèves sont amenés à créer leur propre initiative populaire, ce qui les incite à se familiariser avec la consultation et la prise de décision. Ils acquièrent une expérience pratique du débat et de la négociation au sein de commissions et de groupes parlementaires. L’expérience culmine avec un débat et une prise de décision finale dans la salle du Conseil national.Au-delà de la compréhension des mécanismes politiques, le projet met l’accent sur la dimension multilingue de la Suisse; en communiquant dans deux langues nationales, les élèves découvrent la diversité linguistique du pays et font connaissance avec leurs pairs d’autres régions.
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